Définition de nouvelles formes de la variante comportementale des dégénérescences fronto-temporales (DFT)

Mis en ligne le 6 avril 2021
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Les dégénérescences fronto-temporales (DFT) sont des affections neurodégénératives complexes pouvant se manifester par des symptômes très divers. Valérie Godefroy post-doc au FrontLab, sous la supervision de Lara Migliaccio (Inserm), et ses collaborateurs à l’Institut du Cerveau et à l’Hôpital Pitié-Salpêtrière AP-HP enrichissent le tableau clinique de cette pathologie en identifiant de nouveaux sous-types de sa variante comportementale. Cette définition plus fine des différentes formes de la maladie est essentielle pour une prise en charge plus personnalisée des patients. Les résultats sont publiés dans Alzheimer’s & Dementia : Diagnosis, Assessment & Disease Monitoring.

La dégénérescence fronto-temporale (DFT) est une maladie neurodégénérative pouvant se manifester par des signes cliniques très divers, rendant son diagnostic complexe. Un objectif majeur pour les cliniciens travaillant sur cette pathologie est de mieux caractériser cette diversité de formes de la maladie et d’identifier des sous-groupes possédant des caractéristiques communes. L’enjeu est de mieux comprendre chaque aspect de la pathologie, de sa progression afin de prendre en charge les patients de façon personnalisée.

Un des principaux symptômes de la variante comportementale de la DFT est le déficit d’inhibition, c’est-à-dire une difficulté généralisée à contrôler son comportement. Cela se manifeste par des comportements socialement inadaptés (réflexions inappropriées, non-respect des conventions sociales…), de l’impulsivité et des actions compulsives (répéter plusieurs fois une même action ou un même geste de façon automatique par exemple). En s’appuyant spécifiquement sur ces manifestations comportementales de déficit d’inhibition, l’étude conduite par Valérie Godefroy et ses collaborateurs à l’Institut du Cerveau a cherché à identifier des sous-types de patients DFT.

Les comportements de désinhibition sont particulièrement difficiles à évaluer et à objectiver, et ils ne se présentent pas forcément de manière évidente lors des consultations avec le médecin. Un des enjeux de l’étude était donc de mesurer de manière fine ces symptômes, en les observant dans un contexte proche de la vie réelle, par ce qu’on appelle « une approche écologique ».

« Nous avons tiré profit d’un protocole déjà en place à l’Institut du Cerveau dans le cadre du projet ECOCAPTURE, mené par Bénédicte Batrancourt (Inserm) et Richard Levy (Sorbonne Université.AP-HP), qui inclut un temps dans la salle d’exploration fonctionnelle de la plateforme PRISME de l’Institut. » explique Valérie Godefroy. Cette salle était aménagée comme une salle d’attente confortable et présentée comme telle aux 15 patients atteints de DFT et 15 sujets contrôles inclus dans l’étude. Les participants y passaient environ 45 minutes, filmées, incluant des moments d’échanges avec un investigateur. « Cela nous a semblé être une situation intéressante pour mesurer les comportements désinhibés, car elle pouvait générer de l’impatience voire de la frustration chez les participants, qui ne savaient pas combien de temps cette situation d’attente allait durer », poursuit la chercheuse.

Grâce à l’analyse des comportements observés dans les enregistrements vidéo, les chercheurs ont identifié deux principaux types de déficit d’inhibition : les comportements compulsifs automatiques et les comportements socialement inadaptés. Ils ont ensuite mis en évidence trois groupes comportementaux de patients DFT, dont les spécificités (notamment en termes de régions cérébrales atrophiées) ont été explorées. Un premier groupe, très différent des deux autres, présentait beaucoup de comportements compulsifs ainsi qu’une atrophie très sévère dans les régions orbito-frontales et le cortex préfrontal ventromédian. « Ces données suggèrent que de forts comportements compulsifs peuvent être indicateurs d’une forte sévérité de la maladie. » précise Valérie Godefroy.

Les deux autres groupes étaient moins atteints dans leur comportement et se distinguaient l’un de l’autre au niveau des comportements socialement inappropriés. De façon inattendu, le groupe présentant le plus de comportements socialement inappropriés était le groupe présentant le moins d’atrophie dans le cerveau. Il était aussi caractérisé par davantage de symptômes anxieux et dépressifs, potentiellement liés à davantage de conscience de la maladie.

« Dans leur ensemble, ces résultats nous permettent d’enrichir le tableau clinique de la DFT. Nous identifions deux principaux sous-types de la variante comportementale de cette maladie, associés à des atteintes différentes du cerveau. Ces données doivent être étayées par d’autres études, notamment longitudinales c’est-à-dire avec un suivi des patients dans le temps, mais elles devraient permettre de mieux stratifier les patients sur la base de leur comportement afin de leur proposer des traitements adaptés. » conclut la chercheuse.