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La maladie d’Alzheimer chez les sujets jeunes

Des symptômes variables

Une maladie d’Alzheimer précoce touche des sujets jeunes entre 50 et 60 ans. Les patients jeunes ne se manifestent pas toujours de la même façon. Souvent, ils présentent un déficit cognitif multi-domaine rapide et sévère, avec au premier plan des déficits de mémoire, mais aussi d’attention, de langage, visuo-spatiaux et exécutifs. Certains patients se présentent chez leur médecin sans troubles de la mémoire au premier plan. Ils peuvent par exemple avoir principalement des difficultés à trouver leurs mots ou de vision. Ce sont des formes dites focales, des variantes langagière ou visuo-spatiale de la maladie d’Alzheimer. Le sujet jeune, contrairement au patient âgé, ne vient quasiment jamais consulter en phase prodromale, cette longue période entre les premiers troubles et la démence. Ils compensent généralement très bien leurs déficits. Il faut donc que la pathologie dépasse un seuil que nous ne connaissons pas pour que les symptômes de la maladie d’Alzheimer deviennent visibles.

Lorsqu’on évalue ces patients pour les biomarqueurs de la maladie d’Alzheimer, avec une ponction lombaire ou par TEP avec un traceur pour l’amyloïde, ils ont la même maladie biologique qu’une personne de 70 ans avec des troubles de la mémoire.

 

La prise en charge de la maladie d’Alzheimer chez le sujet jeune

Au niveau purement pharmacologique, le traitement pour une personne atteinte de manière précoce d’Alzheimer est le même que pour un patient plus âgé. En revanche, la prise en charge est un peu différente sur le plan social.

Quel que soit le type de troubles cognitifs, les patients sont encouragés à s’impliquer dans des activités intellectuelles et physiques : diversifier ses activités, pratiquer des activités intellectuelles que les patients n’ont pas l’habitude de faire. En général, garder un emploi du temps riche est très important et de ne pas toujours se mettre face à l’échec. Il faut aussi penser à des activités « simples » dans lesquelles les patients réussissent. Une prise en charge en rééducation/remédiation cognitive aide les patients dans les phases débutantes de maladie à booster les capacités résiduelles et à les renforcer.

 

Le centre de référence des démences rares et précoces à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière APHP, en lien avec l’Institut de la Mémoire et de la Maladie d’Alzheimer, et impliquant de nombreux chercheurs et médecins de l’Institut du Cerveau – ICM, reçoit chaque année de nombreux patients jeunes touchés par la maladie d’Alzheimer.

Des recherches pour comprendre les causes et l’évolution de la maladie d’Alzheimer du sujet jeune

La plupart de mes projets de recherche sont centrés sur l’étude des Face à une neuropathologie identique à la maladie touchant le sujet âgé, avec des plaques amyloïdes et des dépôts de protéine tau, chez des patients présentant des manifestations et parfois des évolutions cliniques très différentes, il est essentiel d’étudier les aspects cliniques, biologiques et anatomiques (au niveau structurel et fonctionnel) de ces patients, pour mettre en évidence des caractéristiques communes entre ces patients, quel que soit leurs formes, diffuse ou focale, âgé ou non.

 

A l’Institut du Cerveau – ICM, le groupe de Lara Migliaccio dans l’équipe de Richard Lévy étudie la vulnérabilité et la résilience à la maladie, et dans quelle mesure les réseaux neuronaux fonctionnels répondent à l’atteinte pathologique. L’objectif est de comprendre ce qui oriente le patient vers une pathologie plutôt focale et moins évolutive ou au contraire très diffuse avec une évolution beaucoup plus sévère, et d’identifier les caractéristiques individuelles des sujets qui jouent dans la maladie comme la qualité du sommeil, le mode de vie, l’alimentation, les activités plus ou moins intellectuelles, pour obtenir une mesure à l’échelle individuelle de ce qu’on appelle la réserve cognitive. Le défi du projet est de suivre les patients possiblement sur plusieurs années et de mettre en évidence les caractéristiques basales qui prédisent l’évolution à deux ans et extraire des mesures concrètes pour construire un algorithme de l’évolution personnalisée des patients.

 

Retrouvez l’interview complète du docteur Lara Migliaccio 

Maladie d'Alzheimer

L’évolution de la maladie d’Alzheimer

Un enjeu majeur

Il n’existe aujourd’hui pas de traitement efficace pour enrayer l’avancée de la maladie d’Alzheimer ou la guérir. Les connaissances sur ses mécanismes sont encore très partielles. Nous savons que des biomarqueurs peuvent permettre d’identifier la maladie avant l’apparition des premiers signes cliniques, grâce par exemple à des potentiels marqueurs sanguins récemment identifiés, mais le diagnostic précoce d’Alzheimer reste difficile pour les praticiens. Et lorsque les symptômes se manifestent, les patients sont atteints depuis plusieurs années, il est souvent trop tard pour agir efficacement et contrer l’évolution d’Alzheimer. La recherche sur la maladie d’Alzheimer et sa phase amont sont donc indispensables, de façon à intervenir aussi tôt que possible, et être en mesure de développer de nouveaux traitements.

 

Des modèles numériques de l’évolution de la maladie d’Alzheimer

À travers le projet Dynamo (DYNAmic MOdels), les équipes de l’Institut du Cerveau – ICM cherchent à créer un modèle numérique de l’évolution du cerveau au cours de la maladie d’Alzheimer, avec l’ambition d’obtenir à terme un outil de médecine prédictive de précision. Ce projet repose sur la capacité de l’Institut à collecter et exploiter des données issues d’un grand nombre de personnes atteintes de maladie d’Alzheimer ou à risque de la développer. L’objectif final consiste à mettre à la disposition des médecins, un outil informatique d’intelligence artificielle capable de diagnostiquer au plus tôt la maladie et de proposer un pronostic d’évolution personnalisé pour chaque patient.

 

Une révolution technologique dans le domaine de la santé

Le modèle Dynamo s’inscrit dans le cadre du développement de la neuroinformatique, qui pourrait mener dans les prochaines années à une véritable révolution technologique dans le domaine de la santé. Les plateformes de bio-informatique et les équipes technologiques de l’Institut du Cerveau – ICM sont en première ligne de ce développement, qui constitue un axe stratégique majeur.

Ce modèle pourra par la suite être dupliqué pour comprendre et permettre de traiter d’autres affections neurodégénératives comme la maladie de Parkinson, la maladie de Huntington ou encore les démences fronto-temporales, qui sont également des sujets de recherche pour l’Institut du Cerveau – ICM.

LES TRAITEMENTS DE LA MALADIE D’ALZHEIMER

Une fois le patient diagnostiqué, sa prise en charge est pluridisciplinaire : médicale, psychologique et sociale.

Deux types de traitements médicamenteux sont validés et disponibles à l’heure actuelle contre la maladie d’Alzheimer et leur efficacité est démontrée, même si elle reste modeste. Ils permettent de stabiliser les symptômes et de freiner temporairement la progression de la maladie.

Parmi les traitements non-médicamenteux, la stimulation cognitive effectuée par les équipes spécialisées Alzheimer et les orthophonistes est importante pour renforcer le cerveau afin de l’aider à faire face à la maladie et trouver des solutions palliatives au handicap généré.

Les séances d’orthophonie peuvent aider le patient en particulier pour la mémoire et le langage et pour développer des stratégies de contournement des difficultés.

Quel que soit le type de troubles cognitifs, les patients sont encouragés à s’impliquer dans des activités intellectuelles et physiques : diversifier ses activités, pratiquer des activités intellectuelles que les patients n’ont pas l’habitude de faire. Il faut aussi penser à des activités « simples » dans lesquelles les patients réussissent. Une prise en charge en rééducation/remédiation cognitive aide les patients dans les phases débutantes de maladie à booster les capacités résiduelles et à les renforcer.

Les aspects sociaux et psychologiques sont primordiaux dans la prise en charge et le traitement. Il est nécessaire d’apporter un soutien au patient et à ses proches car cette maladie a un impact sur toute la famille. Des aides sociales doivent être mises en place assez précocement avec un maître mot, l’anticipation.

La recherche sur la maladie d’Alzheimer est un domaine très actif. Plusieurs essais visant à tester différents traitements sont actuellement en cours. Des essais ayant pour objectif de détruire les principales lésions observées dans le cerveau des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, les plaques amyloïdes, ont été mis en place, avec des résultats jusqu’ici contradictoires. Aucune amélioration notoire et durable des symptômes n’est observée même si la quantité de plaques diminue. Une raison possible de cet échec est le stade trop avancé de la maladie des patients ayant participé à l’essai. En effet, les plaques amyloïdes sont la partie immergée de l’iceberg et sont présentes une dizaine d’année avant l’apparition des symptômes.

Aujourd’hui de plus en plus d’essais de prévention sont en cours dans lesquels ces plaques sont ciblées à des stades très précoces de la maladie, lorsque les symptômes sont très légers, voire inexistants.

D’autres traitements d’Alzheimer sont développés, qui ciblent différentes composantes de la maladie, la protéine Tau qui est toxique, la neuro-inflammation ou encore le stress oxydatif. Ces traitements de la maladie d’Alzheimer en sont encore à leurs balbutiements mais il est certain qu’ils seront de mieux en mieux tolérés et de plus en plus efficaces.

A L’Institut du Cerveau

  • LA CULTURE CELLULAIRE 3D, UN OUTIL PUISSANT VERS L’IDENTIFICATION DE NOUVEAUX TRAITEMENTS

 

La plupart des approches développées pour la prise en charge des maladies neurodégénératives se focalisent sur le ralentissement de la progression de la maladie et/ou sur le traitement des symptômes associés. Le groupe de Philippe Ravassard à l’Institut du Cerveau travaille sur la construction de modèles cellulaires humains permettant le développement de thérapies réparatrices. La technologie des cellules souches pluripotentes induites (iPSC) permet d’obtenir, à partir de cellules de peau (ou de sang) de patients, des lignées de neurones qui posséderont toutes les caractéristiques des neurones présents dans le cerveau des malades d’Alzheimer.

Ces modèles permettent de disposer de neurones en culture reproduisant les caractéristiques et spécificités de la maladie. Ils sont un outil puissant pour identifier de nouvelles cibles thérapeutiques, tester leur efficacité à des stades différents de la maladie (lésions dégénératives de type Tau, plaques β-amyloïdes…).